LA VIDÉO PREND DE LA HAUTEUR

La télévision a longtemps eu le quasi-monopole sur la diffusion de vidéo. Le temps est maintenant venu au mobile de régner sur l’image animée ! Qui dit changement de média, dit changement d’image et, notamment de ratio dans les formats d’image.

La blog sait se faire désirer et après de longs mois d’absence, il fait son grand retour. Avouez-le, vous aviez presqu’oublié qu’il existait. Bref, la démocratisation des smartphones a entrainé rapidement celle de la réalisation vidéo. Aujourd’hui, tout le monde a dans sa poche de quoi capturer des scènes de vie plus palpitantes les unes que les autres, de l’entrée d’un chat dans une boite à chaussure à la chute d’un cycliste dans la rue.

 

Avec l’apparition de la vidéo pour tous, une nouvelle pratique s’est développée : la vidéo verticale, en mode portrait, à la française, si l’on peut dire. Les plus orthodoxes lui reprochent son manque d’esthétisme et son inadaptation aux écrans non-mobiles, l’attaquent avec l’énergie de ceux qui voient leur monde s’écrouler.

 

 

Le syndrome de la vidéo verticale enfin expliqué

 

Pourtant, les nouveaux usages pourraient transformer le rapport de format vidéo (la largeur sur la hauteur) adopté de manière globale. Ce ne serait pas la première fois...

 

 

LE 4/3, GRANDEUR ET DÉCADENCE

Au commencement, rien n’était imposé, tout était encore possible ! La liberté brûlait les pellicules et les choix les plus inventifs s’offraient au réalisateur, comme dans la scène du jardin Roundhay et son carré (1/1) ou encore Dickson Greeting et son image ronde ( ! ) et, bien sûr, le 4/3, le plus commun, utilisé notamment par les Frères Lumière.

 

La gare de La Ciotat avant l'arrivée de Ouigo

 

 

Ce ratio a été adopté progressivement et s’est généralisé avec la définition des signaux vidéos en NTSC et PAL/Sécam qui ont été adoptés par la télévision américaine dès les années 1950. Nos bonnes vieilles cassettes VHS nous renvoyaient aussi des images « 4/3 ». Ce choix, si on peut parler un choix, est lié à des considérations techniques plus qu’esthétiques. Les tubes cathodiques de l’époque avaient un peu de mal à envoyer les électrons n’importe où, on leur a donc facilité la tâche en leur donnant une zone à couvrir plus accessible.

 

Cependant, l’image ne correspond pas beaucoup à la vision humaine : on voit assez largement sur les côtés, beaucoup moins de haut en bas. Le cinéma l’avait compris et utilisait déjà le cinémascope depuis longtemps. Avec un ratio de 2,35, on est beaucoup plus large que sur du 1,33 (4/3=1,33 pour ceux qui auraient oublié leurs cours de maths sur les fractions...). Dès les années 1990, les télévisions 16/9 (soit 1,77 pour ceux qui n’auraient pas suivi) sont commercialisés. Aujourd’hui, même les écrans d’ordinateurs ont adopté ces proportions ! Et avec le ratio d’image des écrans, c’est celui de vidéos qui a évolué. Bon, pour ceux qui avaient conservé leur écran 4/3, le dilemme entre deux bandes noires en haut et en bas de l’écran ou une image taillée, voire même déformée, pouvait s’avérer cornélien. En tout cas, ce n’était pas génial.

 

Aujourd’hui, l’exact opposé peut donner un aspect vintage à l’image : en diffusant une image au ratio 4/3 sur un écran 16/9, les bandes noires latérales font l’effet d’une madeleine de Proust. Allez faire un tour sur le site de l’INA pour voir !

 

Bref, on était arrivé à un ratio plus adapté à ce que l’être humain peut percevoir. Mais ça, c’était avant.

 

 

« INSÈRE TON PRÉNOM ICI » FAIT DES VIDÉOS

Oui, le smartphone est arrivé. Chacun s’est mis à filmer des scènes plus ou moins intéressantes de son quotidien, avec plus ou moins de talent. Le fait que tout le monde possède une caméra dans sa poche a participé, avec le web, au développement du journalisme citoyen. Cela a permis de recueillir des images uniques, d’événements plus ou moins notables, du sauvetage d’un chiot à l’intérieur d’un avion en pleines turbulences. Cela a également entraîné l’apparition de vidéos amateurs, filmées verticalement. Ratio d’image, souvent 9/16, assez déprimant pour les utilisateurs d’ordinateurs. Mais nous sommes de plus en plus dans l’ère du mobile first ! En octobre 2016, au niveau mondial, la navigation sur internet se faisait davantage sur mobile que sur ordinateur pour la première fois de l’histoire. C’est surtout le cas en Afrique et en Asie du sud-est mais la tendance existe aussi dans nos contrées. À tel point que certains médias ont fait le choix de se concentrer sur une diffusion sur les réseaux sociaux, certains ne diffusant pas leur contenu hors des réseaux sociaux, comme brut. Nous reviendrons probablement sur ces nouveaux médias.

 

À ce moment-là, les ratios sont optimisés pour un visionnage sur mobile : les vidéos sont verticales, correspondant au ratio des écrans de téléphone portable. Bref, les créateurs s’adaptent maintenant aux appareils, un changement historique si l’on peut dire, le ratio s’adaptant jusqu’à maintenant au spectateur et à l’anatomie humaine. Il semble qu’aujourd’hui nous préférions nous adapter à nos machines.

 

 

UNE NOUVELLE FAÇON DE COMPOSER L'IMAGE

Ces nouveaux ratios, ces nouvelles possibilités entraînent une nouvelle esthétique à laquelle les réseaux sociaux nous habituent au quotidien. Elle s’ancre petit à petit dans nos habitudes. Les images « verticales » ont envahi nos newsfeeds. Même les block busters proposent des bandes-annonces verticales pour s'adapter aux nouveaux usages. L’image verticale est devenue un objet de la pop culture et, comme à chaque fois qu’un tel objet apparait, l’art n’est pas loin.

 

Le Vertical Film Festival regroupe en Australie des films, de vrais œuvres d’art, filmées de manière verticale pour mieux servir leur sujet. Il suffit que le celui-ci s’y prête et que l’image soit composée en conséquence. Le ratio constitue une nouvelle contrainte, qui impose de penser l’image différemment, de la travailler en conséquence, de concevoir un support qui s’y adapte. Notre préférée : Impact, qui nous fait partager l’expérience d’un plongeur dans toute sa hauteur (et en plus, la scène a été tournée dans les Calanques).

 

La vidéo verticale touche tous les genres, le documentaire comme la fiction avec, par exemple, ce court métrage russe sur l'amour et les poêles à frire.

 

 

 

Et en ce moment-même et jusqu'au 31 juillet, Jacquemus s'expose au Mucem avec, lui aussi des vidéos verticales, à ne pas manquer !

 

Chaque ratio offre une multitude de possibilités, qu’il ne nous reste plus qu’à explorer pour servir au mieux les sujets traités.

 

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